Corps-récif

une fragilité qui persiste

Mon travail naît d’une biodiversité fragile, où le vivant et l’intime se répondent. À Tikehau, dans l’isolement radical d’un motu face au lagon, j’ai observé le corail sous toutes ses formes : vivant, mourant, rongé par les marées. De cette immersion sont nées les Tours corail, colonnes dressées comme des ruines marines, où chaque strate porte la mémoire des courants et du temps.
Pourtant, cette fascination pour les structures organiques a rencontré mon propre corps, ce corps qui, privé de protéine S, laisse des phlébites tracer des caillots silencieux dans mes veines. L’un blanchit sous l’acidification des océans, l’autre s’épaissit dans l’ombre des vaisseaux. Tous deux parlent d’une même beauté étrange, née des limites fragilité et résistance, indissociables.
Les structures ajourées évoquent à la fois la lente croissance des coraux et la tension de mon corps, récif humain où la fluidité se heurte à l’obstruction. Désenchanté en est l’écho brut : lignes épaisses, géométries froides, traces d’un sang qui stagne et d’une lumière avalée par l’ombre.
La collection Tané en est une autre facette. Rencontre avec un homme qui m’a appris le quotidien du motu et le travail du coprah : elle se décline en blanc ajouré, terre marron et émail bleu-vert souvenir du corail, la noix de coco et le lagon.
Mon travail est une synthèse, de mon corps et du monde, unis par cette loi commune où la fragilité n’est pas faiblesse, mais condition partagée. Résistance et vulnérabilité ne sont que les deux versants d’une même grâce obstinée, celle du corail qui persiste malgré tout, celle de mon sang, même ralenti, qui continue de couler.
Une grâce qui ne réconforte pas.
Une grâce qui dure.
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