Le graffiti n’est pas né dans les rues. Il est bien plus ancien que les wagons de métro new-yorkais ou les murs de Berlin. Ses origines remontent aux grottes préhistoriques, aux inscriptions gravées sur les colonnes romaines, aux signatures des ouvriers du Moyen Âge sur les cathédrales. Mais c’est dans les années 1960/70, à Philadelphie puis à New York, qu’il devient un langage à part entière – une voix pour ceux qu’on n’entend pas.

Au début, ce sont des tags, des signatures rapides tracées au marqueur ou à la bombe, une façon de dire : « J’étais là. » Puis viennent les fresques, les lettres stylisées, les personnages, les messages. Le graffiti passe des murs aux toiles, des trains aux galeries, mais garde toujours cette énergie rebelle et immédiate. Il n’a pas besoin de permission. Il prend l’espace, le transforme, et force le regard.

Vingt-cinq ans de graffiti avant la céramique. Vingt-cinq ans à tracer des lettres éphémères, à chercher la ligne parfaite sur des murs, des wagons, des carnets remplis jusqu’à l’usure. Pendant tout ce temps, j’ai cru devoir choisir : d’un côté, l’art « noble » – la terre, le feu, la tradition. De l’autre, le graffiti, cet art des rues que l’on m’avait appris à considérer comme un simple acte de rébellion, pas une discipline. Pourtant, les deux étaient là, liés par une même obsession : le geste. La répétition. La quête d’une forme qui, enfin, s’imposerait d’elle-même.

Aujourd’hui, je fusionne ces deux mondes. Non pas pour les réconcilier, mais pour révéler ce qui les unit depuis toujours : l’homme a toujours gravé, tagué, marqué son passage ; que ce soit sur l’argile des premières poteries ou sur le béton des villes. Mon travail, c’est figer le mouvement. Prendre l’énergie d’un flop, la structure d’un block letter, la complexité d’un wild style, et les sculpter dans la matière. Les bols deviennent des murs, les vases des throw-ups en trois dimensions, les sculptures des tags étirés dans le temps. Je reprends les codes du graffiti – l’accumulation des traits, la recherche de la fluidité, la punition des pages et des pages de croquis – pour les transposer sur des supports destinés à durer. L’émail remplace la bombe, l’incision le marqueur, mais l’exigence reste la même : un trait doit être juste, ou il n’est rien.

Ce qui m’intéresse, c’est l’émergence des motifs par la répétition, comme ces tags qui finissent par former un langage. Sur mes pièces, les lignes ne sont pas dessinées : elles sont creusées, gravées, imposées à l’argile, jusqu’à ce que la forme devienne évidence. Un 3D qui se déploie en volume, un flop qui gonfle sous les doigts, une lettre qui n’est plus éphémère, mais éternelle. La céramique, avec sa lenteur, sa résistance, devient le contrepoint parfait à l’urgence du graffiti. Elle force le geste à se préciser, à se perfectionner, à devenir permanent.

Ce n’est pas une question de style. C’est une question de temps. Le graffiti vit dans l’instant ; la céramique, elle, survit aux siècles. Mon travail est à la croisée des deux : des objets qui portent en eux la mémoire du mouvement, comme si chaque pièce était un tag qui aurait échappé à l’effacement.

 

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